La ville de demain doit être co-construite par ses habitants : Christophe Barge, Smart City Group

Quels sont les défis de la smart city ? Découvrons la ville de demain...

Les villes sont fondamentalement en pleine transformation, en partie grâce au développement de services intelligents. Que ce soit en termes de mobilité, d’énergie ou encore d’informations aux citoyens, l’exploitation de la DATA participe à réinventer la vie en ville : elle offre une connaissance affinée de nos comportements et usages.
Habiterons-nous dans de nouveaux espaces ? L’arrivée du véhicule autonome signe-t-elle la fin des voitures individuelles ?  Imaginons la ville de demain avec l’un des experts de la Smart City, Christophe Barge, qui intervient également à l'ISCOM Paris auprès des 5èmes années.

VIGNETTE christophe barge

Comment définiriez-vous le concept de smart city et d’où vient cette dénomination ?

Concrètement, la smart city correspond à l’utilisation des nouvelles technologies de l’information, par exemple les réseaux sociaux, les mobiles, ou les objets connectés, pour améliorer la gestion et la gouvernance de la ville. En fait, une smart city est une ville que l’on va tenter de rendre plus économe, plus sûre et plus écologique par l’utilisation de ces nouveaux moyens technologiques.
En réalité, ce terme a d’abord été utilisé dans une logique marketing par IBM il y a une quinzaine d’années, lorsque la marque souhaitait recentrer son activité sur ce type de problématique.

 

Y a-t-il un modèle de smart city que l’on peut dupliquer ?

On me pose souvent la question. En fait, les approches sont très différentes et très variées, que ce soit en France ou à l’étranger. Prenons l’exemple de la France : il y a actuellement une vingtaine de projets et aucun ne ressemble à un autre. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y a pas UNE smart city mais DES smart cities, tout simplement parce qu’une ville est un organisme vivant qui se construit au fil des années et des siècles. Le plus souvent, lorsqu’une équipe municipale décide de mettre en place une stratégie smart city, elle le fait d’abord par rapport à sa propre culture, à son identité de ville et à son projet politique.

 

Et par exemple à Paris, qu’en est-il ?

À mon sens, Paris n’est pas forcément la ville la plus avancée sur le sujet. L’équipe municipale actuelle a plutôt misé sur le déploiement de solutions de démocratie participative. J’ai à l’esprit la mise en place du budget participatif qui permet aux Parisiens de voter chaque année pour la mise en place d’un ou de plusieurs projets.
Néanmoins, la politique des transports de la ville de Paris peut être assimilée à une politique smart city, dans la mesure où les automobiles sont progressivement écartées du centre-ville. Pour renforcer l’efficacité de ce dispositif, la ville de Paris développe des initiatives de mobilité partagée et trouve aussi des solutions alternatives qui relèvent de la smart city, tel que le vélo-en-libre-service ou les véhicules d’autopartage.

 

Quels sont les projets français de smart city qui vous paraissent pertinents ?

Il y a quelques villes qui ont des projets avancés et je vais en évoquer quatre, par ordre chronologique de lancement. L’un des précurseurs, du point de vue de l’énergie, c’est André Santini à Issy-les Moulineaux avec le projet Issygrid, qui est incontestablement la 1ère démarche intégrée et innovante. Pour vous expliquer, il s’agit d’un réseau énergétique intelligent, monté en partenariat avec de grands partenaires industriels dont Bouygues et Enedis.
Ensuite, je citerai Nice qui a mis en place une stratégie smart city, essentiellement sur les problématiques de stationnement et de connectivité de la ville. Autre exemple que je souhaite aborder, c’est Lyon confluence, le nouveau quartier innovant, tant en termes de transport que d’énergie. Actuellement, l’un des projets qui attire mon attention, c’est celui du maire de Dijon, qui a la volonté d’une approche globale pour aborder l’ensemble des problématiques d’économie d’énergie, de transport, de mobilité, en associant de grands groupes. Pour résumer, il s’agit d’une offre intégrée qui prend en compte la problématique du bâtiment intelligent, de l’énergie et de la mobilité.

 

Quel sera l’impact des data et de l’intelligence artificielle dans nos villes et nos vies ?

Nous sommes en train de vivre la plus grande révolution de l’histoire de l’humanité, que ce soit en économie, dans l’éducation ou la santé... Vous l’aurez compris, elle touche tous les domaines de l’activité humaine avec une vitesse effarante et une violence inouïe. Cette révolution va profondément changer l’homme. Tout cela est rendu possible par la puissance des calculs et par la data produite ; elle permet une connaissance fine de notre environnement. Demain, on va pouvoir anticiper les besoins et envie des habitants, on connaîtra les habitudes de consommation et de vie, en suivant notamment les avis laissés sur internet et en exploitant la data des réseaux sociaux.

 

Comment imaginez-vous les transports de demain dans les grandes villes ?

Ce que je pense, c’est que dans les grandes agglomérations, on va progressivement s’affranchir des véhicules individuels. C’est déjà le cas à New York et à Londres, ça le devient aussi à Paris. Il y a un constat simple : la voiture est utilisée 2% de son temps. Aujourd’hui, les centres-villes sont pollués et surchargés, ils ne permettent plus d’accueillir autant de véhicules individuels que d’habitants.
Dans ce cadre-là, la smart city permet de développer des offres alternatives. Autre élément qui me paraît fondamentalement important, c’est l’arrivée des véhicules autonomes, probablement à l’horizon 2022 pour les transports en commun et d’ici 2025-2030 pour les véhicules individuels. Avec l’exploitation des différents algorithmes, cela va permettre d’optimiser tous nos trajets.

 

Et dans les territoires ruraux, qu’est-ce qui va changer ?

Pour tout vous dire, ce ne sont absolument pas les mêmes solutions qui vont être proposées. Par exemple, je ne crois pas du tout à l’abandon des véhicules individuels dans les territoires ruraux. Toutefois, je pense que les voitures autonomes vont rendre un vrai service, notamment pour accompagner les seniors dans leur déplacement et je pense même qu’à terme, elles seront d’une grande utilité aux personnes qui ne savent pas ou ne peuvent plus conduire. De mon point de vue, il y a aussi une vraie réflexion à mener sur les enjeux de télétravail. C’est l’opportunité de revitaliser les territoires ruraux pour leur permettre d’accueillir des lieux d’innovation. Je suis d’avis que les technologies vont apporter des solutions réelles, mais différentes des lieux urbanisés.

 

Est-ce que demain, on pourra habiter sur les toits ou dans des sous-sols ?

Effectivement, même s’il sera plus évident d‘investir les toits, notamment pour des raisons écologiques. Pour les souterrains j’en doute encore. Pourquoi ? Parce qu’il reste toujours des espaces à utiliser. Par exemple Paris est la ville la plus densément peuplée, pour autant ses logements sont de taille relativement basse : on peut encore peupler Paris en construisant des tours. Je crois beaucoup aux expérimentations dans les villes, à la fois dans une logique de ferme urbaine, de développement de nouveaux espaces de travail ou de bâtiment multi-usages. Au-delà des espaces, la grande révolution de l’habitat c’est celle de la maison connectée. Celle-ci devrait connaitre une réelle accélération dans les années à venir avec l’arrivée de l’intelligence artificielle via les enceintes connectées comme Echo d’Amazon ou Google now dans nos foyers.

 

Comment serait la ville idéale pour vous ?

Depuis toujours, je m’intéresse à la question urbaine. La ville idéale, elle doit être co-construite et co-gérée par ses habitants. Une ville, c’est le lieu de la civilisation. Mieux, c’est l’endroit qui permet des rencontres, de fabriquer le lien social et de créer de la valeur économique. J’ai la conviction qu’avec la technologie, la ville idéale sera plus propre, plus écologique. Ce sera aussi une ville plus économe, j’entends par là moins dépensière de matières premières, moins consommatrice d’énergie. Et puis j’aborde un dernier point qui certes peut paraître problématique. La ville idéale doit être plus sûre, ce qui sous-entend plus contrôlée. C’est d’ailleurs l’un des grands sujets de la société de demain, où le besoin de sécurité se confronte avec celui de la liberté individuelle.

 

 

Quelques mots sur Christophe BARGE
Christophe BARGE a 47 ans et est diplômé de Sciences Po.
Il est consultant, spécialisé dans l’impact de la transition numérique sur les territoires et les entreprises. Il intervient auprès de villes et d’organismes du monde entier pour définir avec eux des plans de développement numérique stratégique. Il anime de nombreuses conférences sur les sujets de la ville intelligente.
Christophe a coécrit La Ville de demain (Cherche-Midi Editeur, mars 2014), et La Ville intelligente pour les Nuls (First Editions, mars 2017).

 

 

 

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