Chacun a la capacité d’agir : Anaïs Petit, Ashoka

Comment Ashoka soutient les entrepreneurs sociaux ?

Anaïs Petit est en charge de la communication à Ashoka Paris. Elle revient sur les caractéristiques d'un entrepreneur social, sur notre capacité à agir collectivement et sur la puissance du social business pour transformer la société.

Quelle est la genèse d’Ashoka ?VIGNETTE anais petitAshoka est une ONG internationale fondée en 1981. Derrière ce projet il y a Bill Drayton, son fondateur, qui en est encore le Directeur général aujourd’hui. Il a pris conscience que le monde faisait face à un nombre croissant de défis sociaux et environnementaux urgents à résoudre et que partout dans le monde, des personnes travaillaient déjà sur la recherche de solutions. Naturellement, il fallait les connecter entre elles pour que leurs initiatives aient plus d’impact. Dès ce constat, il est parti à la recherche de personnes ressources qu’il a rapidement appelé entrepreneurs sociaux. C’est même l’un des premiers à avoir utilisé ce terme. Pourquoi entrepreneurs sociaux ? Tout simplement parce que ces personnes mettaient leurs qualités entrepreneuriales au service de la résolution de problématiques sociétales.

 

 

Que signifie Ashoka ?

Ashoka est le nom d’un entrepreneur indien qui a beaucoup fait pour sa communauté, notamment dans le développement d’infrastructures et d’accès à l’eau. Manifestement, il y a plusieurs versions pour la traduction de ce nom mais pour beaucoup, cela veut dire "sans soucis" ou "absence de contraintes".  
En fait, Ashoka est un nom relativement facile à prononcer dans toutes les langues du monde. Au départ, l’ONG a commencé dans de grands pays en voie de développement comme l’Inde, le Mexique ou encore l’Indonésie.  Puis dix ans plus tard, la structure s’est développée en Amérique Latine. Depuis 2005, Ashoka est implantée en Europe, toujours avec cette même ambition de montrer qu’il est possible d’entreprendre au service de l’intérêt général.

 

Aujourd’hui, combien d’entrepreneurs sont accompagnés par Ashoka en France ?

Actuellement, nous accompagnons 63 entrepreneurs sociaux. Mais pour vous donner une vision plus globale, nous en soutenons plus de 3300 dans le monde.
En réalité, Ashoka ne finance par les entrepreneurs sociaux mais les accompagne pleinement à différents niveaux.
Nous les soutenons d’abord sur le renforcement de leur organisation. Nous sommes entourés de partenaires qui interviennent auprès des entrepreneurs sur des aspects juridiques, sur des sujets de communication, de structuration d’équipe, ou encore de business model. En somme, des thèmes classiques dans toute aventure entrepreneuriale.
L’autre axe sur lequel nous sommes mobilisés, c’est l’accompagnement individuel, via du coaching et de la formation au leadership. Enfin, notre 3ème domaine d’intervention concerne les sujets d’influence et lobbying. Comment faire pour que ces entrepreneurs sociaux puissent, de façon beaucoup plus élargie, avoir un impact sur le secteur, influencer les pouvoirs publics et in fine, transformer leur secteur à grande échelle.

 

Quels sont les critères pour être accompagné ?

Chaque année, nous élisons de 5 à 10 entrepreneurs sociaux. Pour intégrer Ashoka, il y 3  catégories de critères. Le premier, c’est le critère de l’idée nouvelle.Il faut un angle foncièrement nouveau, dans la manière d’aborder la problématique concernée. Le deuxième critère, c’est celui de l’impact à l’échelle du système. En réalité, l’idée doit avoir un impact social prouvé et dépasser la  sphère locale pour être réplicable  à très grande échelle, au moins au niveau national et si possible à l’international. Enfin, le dernier critère est plutôt lié à la personne de l’entrepreneur.  Nous sommes attentifs aux personnalités créatives, aux entrepreneurs à fois visionnaires et pragmatiques, capables de structurer une organisation au quotidien et de se projeter sur l’avenir. Un point qui me semble important à souligner, c’est que chaque entrepreneur accompagné par Ashoka doit avoir une éthique irréprochable.

 

Pouvez-vous nous parler  de quelques projets de vos entrepreneurs sociaux, les fellow Ashoka ?

Bien sûr. J’aimerais évoquer le projet de Louis-Xavier Leca, le fondateur du Carillon, un réseau solidaire de commerçants et d’habitants qui soutient l’intégration des personnes sans-abri, des mal logés et de ceux qui souffrent d’exclusion sociale.
Le Carillon est un label solidaire, que des commerçants affichent sur leur vitrine pour s’engager à mettre à disposition des sans-abris des services essentiels : recharger son téléphone, prendre un verre d’eau, aller aux toilettes. Cet écosystème est complété par une mobilisation d’habitants,  qui sont chargés  de recréer du lien avec les SDF, notamment par le biais d’événements.
Le dispositif du Carillon est un idée fondamentalement nouvelle et a un fort potentiel d’essaimage. De fait, l’initiative se déploie actuellement dans plusieurs villes de France, dont Lyon, Marseille ou Lille.
L’autre exemple que je veux mentionner, c’est celui de l’association Singa qui travaille sur l’intégration de réfugiés ; ils ont par exemple lancé un réseau de citoyens engagés auprès des personnes refugiées, pour les aider à mieux intégrer les codes culturels. Il y a même un incubateur pour soutenir les projets entrepreneuriaux montés par les réfugiés. À mon sens, ce dispositif est essentiel pour montrer que les réfugiés peuvent participer très activement à la vie économique et social d’un pays d’accueil.

 

Y a-t-il des caractéristiques propres lorsqu’on est entrepreneur social ?

Ce qui me frappe toujours lorsque j’en rencontre, c’est que ce sont des personnalités inspirantes, qui donnent envie aux autres d’agir. Ils impliquent énormément les populations avec lesquelles ils travaillent. Ce que je remarque, c’est qu’ils ont cette volonté de donner aux citoyens la confiance nécessaire pour qu’eux aussi fassent bouger les choses à leur niveau. L’autre trait que j’identifie souvent, c’est leur côté idéaliste pragmatique : à la fois visionnaire mais avec l’ambition certaine de réussir dès aujourd’hui.

 

Croyez-vous que tout le monde peut agir pour changer le monde ?

De toute évidence, oui. Chacun a la capacité d’agir : nous sommes tous confrontés chaque jour à des problématiques, il nous faut simplement avoir confiance en nos capacités à les résoudre. Il y a toute une panoplie de dispositifs à explorer, que ce soit en étant bénévole dans une association, en recyclant nos déchets ou en travaillant dans une structure engagée. Bref, une multitude de rôles à jouer.

 

Alors comment faire pour s’engager plus et contribuer à transformer le monde ?

Ce qui peut être un frein à l’engagement, c’est l’absence de confiance : le sentiment que le futur n’est pas directement entre nos mains. On oublie facilement d’encourager la créativité, l’empathie, la capacité de collaborer avec des personnalités différentes, la confiance en sa capacité d’agir ou encore la compréhension de son rôle dans la société.
Je crois que c’est particulièrement lié à un parcours scolaire qui n’est pas encore totalement adapté aux défis du 21ème siècle.
La phrase qui m’inspire ? "Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde". Dès lors qu’on prend conscience que l’on peut agir, on ne doit pas se contenter de critiquer ou de dénoncer. À partir du moment où on pense le changement, il faut le vivre.

 

Quelques mots sur Anaïs Petit
Diplômée d’un master de relations internationales à Sciences Po Paris, Anaïs s’engage depuis ses études sur la question de l’intégration des personnes réfugiées en France. Elle rejoint Ashoka France en janvier 2016, où elle développe notamment la stratégie de communication digitale.

 

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