Pourquoi vient-on encore au bureau ?

Imaginons le futur du travail avec Nathanaël Mathieu de LBMG Worklabs...

Avec l’émergence des tiers-lieux, du télétravail et du coworking, nous sommes entrés dans l’ère du travailler autrement. Cette transformation des modes et espaces de travail amène plus de flexibilité et conduit aussi à repenser l’organisation du travail. Pour s’immerger au cœur des pratiques innovantes et imaginer ensemble le travail de demain, rencontre avec Nathanaël Mathieu. Co-fondateur de Neo-nomade, il est également à l’initiative de LBMG Worklabs, structure qui conçoit des solutions originales et collaboratives pour travailler autrement.


D’après-vous, pourquoi y-a-t-il aujourd’hui une forme de rejet du bureau traditionnel ?

VIGNETTE N mathieuokLe bureau traditionnel représente une structuration hiérarchique, des codes et des valeurs qui n'attirent plus comme avant. Tout est à revoir ! La localisation, la non ouverture vers l'extérieur, la rigidité et l'austérité. Les entreprises doivent s’inspirer des espaces de coworking qui ont beaucoup à leur enseigner. Il faudrait par exemple, avant de penser à la question de l’immobilier, s’intéresser à la communauté, quels sont ses usages et donc ses besoins. Pendant trop longtemps, les entreprises ont négligé cet aspect. Autre exemple, le rôle d’animateur de cette communauté que l'on appelle aussi “couteau-suisse”,  “concierge” dans un espace de coworking devient une ressource clé pour les entreprises.

 

 

 

 

 

Le flex office, qui marque la disparition du bureau attitré, vraie révolution ou fausse bonne idée ?

Jusqu'à présent le flex office était pensé comme un levier d'optimisation financière.  Il y avait une forme de rationalité. Des bureaux généralement occupés à 50% du temps et donc une forme de logique à proposer de passer à des bureaux non dédiés et parfois à un nombre de poste plus faible que le nombre total de collaborateurs. Aujourd'hui on s'aperçoit qu’il s'agit plutôt de proposer des environnements dynamiques proposant de multiples espaces adaptés à ce que l'on fait dans la journée (confidentialité, espace social, réunion, coworking). Il n’y a certes plus de bureau dédié mais on accède à une plus grande variété d'espaces.Cependant, pour que cela fonctionne il ne faut pas chercher à copier ce qu'il est fait ailleurs. Il faut co-designer les espaces avec les collaborateurs et surtout anticiper sur l'évolution des pratiques de travail et digitales.

 

D’où vient l’intérêt des entreprises pour les nouvelles formes de collaboration ?  Est-ce uniquement lié à l’arrivée d’une nouvelle génération sur le marché du travail ?

En réalité, il y une vraie transformation culturelle et ce serait limitant de se dire qu'elle est uniquement liée à une génération. Il est clair que celle-ci pousse et promeut de nouveaux usages, mais de fait c'est l'ensemble de la Société qui adopte des pratiques issues de l'économie collaborative ou du partage. Cela se retrouve dans nos organisations du travail. On cherche à collaborer plus efficacement et on essaie de dynamiser les interactions sociales et les liens entre collaborateurs.

 

En quoi les espaces de travail collaboratifs améliorent l‘efficacité professionnelle et libèrent la créativité ?

Ce ne sont pas les espaces qui libèrent, mais les changements de culture et de postures à la fois des managers et collaborateurs. Les espaces ne sont que le résultat de cette transformation culturelle. Par ailleurs, si la mise en place d'espaces innovants ou de créativité dans les entreprises est réalisée de manière impliquante, cela peut accélérer la transformation et créer une dynamique d'entreprise puissante.

 

Y a-t-il un exemple européen à suivre en termes d’organisation du travail ?

Non je ne pense pas. On peut s'inspirer d'entreprises ou de dirigeants d'entreprises, mais clairement pas de pays. Aujourd'hui les grandes entreprises multiplient les learning expedition à San Francisco ou en Asie. C'est parfait dans une logique de découverte de nouveaux modèles économiques, de méthodes voire même de culture entrepreneuriale. En revanche en termes d'organisation du travail, on a en France des centaines de leaders et entreprises inspirants. Ils sont juste moins médiatiques, tendances.
Ce ne sont pas des licornes ou des start-ups mais de simples ETI qui créent la plupart de nos emplois en France. C’est un paradoxe de notre époque !
Dans tous les cas, le sujet de la transformation de l'organisation se jouera à l'intérieur de l'entreprise. Il implique une prise de conscience et une transformation personnelle des dirigeants, une prise de responsabilité collective des salariés et une ambition partagée.

 

En 2017, quelles sont les attentes des collaborateurs en termes de lieu de travail ?

Je vous répondrais par une autre question : pourquoi vient on encore au bureau alors qu'un métier sur deux pourrait se faire à distance ?
Le bureau devient autant digital que physique. Néanmoins, lorsque l’on pose la question en entreprise, les salariés ont de fortes attentes sur l'aspect social, ils ont besoin de retrouver leur “communauté” interne c’est à dire leurs collègues pour créer du lien et du sens. L’aspect de la collaboration, ou comment faciliter les échanges sur des sujets professionnels, suscite également l’intérêt des employés.

 

Dans le futur, imaginez-vous des formes de collaboration uniquement à distance ?Des entreprises ont décidé de pousser le télétravail à l'extrême. Leurs organisations sont totalement distribuées avec des personnes qui sont localisées de partout en France ou dans le monde et travaillent depuis leur domicile ou des espaces de coworking. Certaines de ces entreprises qui se sont construites dès le début sur ces bases de travail à distance ont su trouver leur équilibre. Elles rassemblent autour d'elles des personnes qui vivent bien ce travail distance. Pour la majorité des entreprises, il paraît néanmoins peu probable et finalement peu souhaitable de passer à des formes de télétravail total. Le lien avec le collectif de travail serait trop limité. Il s'agit finalement de proposer le bon compromis entre mobilité et collaboration sur site.

 

De quelle manière décririez-vous l’entreprise de demain ?Je ne sais pas à quoi elle ressemblera. Peut être sera-t-elle un vaste réseau reposant sur des travailleurs indépendants ? Il est clair néanmoins qu’elle devra motiver, "engager" et pour cela remettre l'individu au centre de ses préoccupations.

 

A quel moment vous est venue l’idée de créer LBMG Worklabs ?

En 2008 nous travaillions pour le groupe Accor avec mon associé. C'est en observant les lobbys d'hôtel et le nombre croissant de travailleurs nomades que nous avons eu envie de créer de nouveaux types d'espaces de travail. Nous avons proposé le concept en interne puis finalement décidé de voler de nos propres ailes avec une ambition : changer le monde du travail ! À l'époque il n'y avait qu'un seul espace de coworking en France et encore très peu de réflexions sur l'évolution des pratiques de travail.