Peut-on être heureux au travail ?

Oui, alors suivez les conseils des équipes de la Fabrique Spinoza...

Le bonheur, chez certains c’est un état d’esprit, pour d’autres une illusion. Dans notre société, il y a presque une injonction à être heureux. De fait, le bonheur est étudié via un observatoire international, on l’expérimente dans des laboratoires dédiés, on lui consacre chaque année des dizaines d’ouvrages, c'est le sujet de conversation de plusieurs associations. Certaines marques en font même une promesse. Mieux, le bonheur, s’apprend. 
Qu’en est-il dans les entreprises ? Doit-on attendre qu’elles veillent et contribuent au bonheur des salariés ? Serait-ce utopique de croire qu’on peut être heureux au travail ?
Eléments de réponse avec Amélie Motte, Chief Happiness Officer de la Fabrique Spinoza, et Sylvain Boutet, Co-créateur de l’Académie Spinoza et consultant en management de projet coopératif et appréciatif
 

Pourquoi attend-on de l’entreprise qu’elle nous rende heureux ?

VIGNETTE amelie sylvainEn tout cas, on n’attend pas qu’elle nous rende malheureux ! Il ne s’agit pas tant qu’elle nous “rende heureux” mais qu’elle agisse sur les conditions et les processus qui vont contribuer à notre épanouissement au travail. Pour la Fabrique, cela répond d’abord à des enjeux humanistes et éthiques. Notre Baromètre National du Bonheur au Travail révèle que plus de la moitié des salariés ressentent du stress ou de la fatigue au travail et un quart s’ennuie au travail (bore-out). Ils ne trouvent pas de sens (44% brown out) ou se sentent en situation de surmenage ou burn out (24%). Le travail est la troisième activité de l’homme : autant s’y sentir bien ! Cela répond également à une attente forte des collaborateurs, en particulier des jeunes générations qui aspirent à travailler dans des entreprises plus humaines, dans lesquels ils pourront s’épanouir. 89% estiment que c’est plus important que de gagner de l’argent et 78% que de gravir les échelons (génération cobayes, 2016). Enfin, ce chemin est vertueux tant pour les collaborateurs que pour les entreprises.


Justement, est-ce qu’être heureux au travail contribue à la performance économique de l’entreprise ?En effet, selon l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT), 8 salariés sur 10 estiment qu’une bonne qualité de vie au travail profite autant aux employés qu’à l’entreprise. Toutefois, ils sont pour l’instant largement déçus des initiatives prises par leurs organisations dans ce domaine. Plus de la moitié d’entre eux considèrent ainsi que les actions entreprises en matière de bien-être sont insuffisantes (Capgemini Consulting, 2016). Ils sont pourtant convaincus à 70 % que le bonheur au travail a un impact positif sur la performance de leur entreprise et 73 % que cela a un impact sur l’image de leur entreprise. Et ils ont raison, les études scientifiques ont largement prouvé qu’un collaborateur heureux est plus engagé, plus fidèle, plus créatif, qu’il coopère mieux et globalement qu’il produit un travail de meilleure qualité. Les bénéfices pour les organisations : moins d’arrêts maladie, un meilleur climat social, une plus grande rétention des talents, une meilleure marque employeur, plus d’innovation...

 

Sur quels critères peut-on mesurer le niveau de bonheur au travail ?

Il est possible de s’appuyer sur des critères objectifs tels que le taux d'absentéisme, les accidents du travail, le turn over... mais également sur des critères subjectifs, en interrogeant les collaborateurs sur la façon dont ils perçoivent leur propre bien-être. Pour ce faire, il est important d’explorer les 3 facettes constitutives du bonheur : 

La dimension émotionnelle : est-ce que je vis plus d'affects positifs (joie, plaisir,...) que d’affects d’affects négatifs (stress, colère, découragement…) dans mon quotidien professionnel 

La dimension cognitive : est-ce que je suis satisfait de mon travail, de mes conditions de travail, de mon salaire...

La dimension aspirationnelle : est-ce que je trouve du sens à mon travail, est ce que je sais à quoi je contribue, est ce que mon travail contribue à mon évolution personnelle, est ce que mes relations professionnelles nourrissent mon besoin d’appartenance, ...

 

Comment (trans)former les managers pour qu’ils intègrent plus de bienveillance dans leurs relations à leurs collaborateurs ?

La Qualité de Vie au Travail (QVT) est un enjeu majeur pour les organisations qui souhaitent développer leur attractivité et stimuler l’engagement de leurs collaborateurs. Les managers ont un impact direct et fort sur l’amélioration de la QVT dans leurs équipes.
Il est donc essentiel de les aider à appréhender les changements de paradigme qui s’opèrent dans le monde du travail et de les outiller pour qu’ils prennent en compte ces enjeux dans leurs pratiques.
Au sein de l’Académie Spinoza (branche formation de la Fabrique Spinoza), nous proposons des formations à destination des managers qui ont envie de s’engager dans cette voie. Nous les aidons à transformer leur posture et leurs méthodes de management en abordant les sujets suivants:

Faire évoluer son regard sur l’homme au travail en accompagnant les équipes vers plus de confiance et de liberté

Adopter une posture positive, cultiver optimisme et enthousiasme

Reconnaître les talents et les potentiels de son équipe et les mettre au service de l’organisation

Travailler à développer l’autonomie et la coopération durable dans l’équipe.

 

Si le bonheur s’apprend, faut-il laisser la responsabilité aux établissements d’enseignement d’ouvrir des modules dédiés à son apprentissage?

Le monde universitaire, le monde de la recherche et les grandes écoles se sont déjà emparés de ce sujet. A Harvard, le cours sur le bonheur dispensé par Tal Ben-Shahar était le plus fréquenté de tous : 20% des étudiants le suivent, 99% le recommandent et 23% déclarent qu’il a changé leur vie. Le Greater Good Science Center rassemble depuis 2001 à l’Université de Berkeley des chercheurs à la pointe de “la science du bonheur”. Le Mooc "la science du bonheur" qu’ils ont ouvert en 2014 pour le grand public a rassemblé plus de 375 000 étudiants. Certaines écoles de commerces, au delà des compétences techniques, forment déjà leurs étudiants sur leur posture et leurs “soft skills”.
Plusieurs écoles et universités françaises ont lancé des chaires de recherche et des programmes de formation sur ces thématiques.
La Fabrique Spinoza a organisé en 2015 et en 2017 des Universités du Bonheur au Travail qui ont rassemblé plus de 150 participants sur 3 jours autour de cette thématique et propose tout au long de l’année des formations à destination des entreprises et des professionnels du conseil au sein de l’Académie Spinoza.

 

Livres, conférences, séminaires, marque positive : n’y-a-il pas désormais un business du bonheur ?

Il existe effectivement une offre foisonnante, de qualité inégale et qui va probablement se structurer et se professionnaliser dans les prochaines années. Ceux qui y voient uniquement une opportunité business et ne sont pas sincères dans leurs intentions ne “dureront” pas. L’aspiration au bonheur est tellement fondamentale pour l’être humain qu’il n’est pas possible de “décevoir” quand on propose des offres sur ce sujet. Ce phénomène est surtout le révélateur d’une demande de plus en plus prégnante des citoyens d’une prise en compte de leur bonheur dans toutes les facettes de la société : école, vie dans la cité, travail, ...

 

Hyperconnexion versus digital detox : pour vous, le digital est-il un frein au bonheur ou une opportunité supplémentaire d’y accéder ?

Nous sommes et seront de plus en plus connectés mais le problème est que nous sommes peu ou mal éduqués à faire bon usage des technologies. Un peu comme si on nous lâchait sur une autoroute sans nous avoir appris le code de la route. Cela peut se révéler dangereux. Par exemple, on reçoit en moyenne un mail toutes les 10 minutes. Cela engendre une interruption dans notre travail, fait naître un sentiment d’urgence et donc du stress. Il ne s’agit pas de supprimer les mails mais d’apprendre à en faire bon usage. Par exemple, supprimer les alertes sur son smartphone et prendre des temps choisis au cours de la journée pendant lesquels on répond à ses mails. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à mettre en place des chartes de bon usage des mails.

 

Quelles sont les initiatives digitales qui vous paraissent intéressantes ?On peut se réjouir de la naissance du collectif HappyTech, qui regroupe des start-ups qui veulent faire de la France le pays du bonheur au travail grâce au digital. Elles développent des plateformes et des applications au service du bien-être au travail. Par exemple des outils de mesure du niveau de bonheur comme bloom at work ou our company, de reconnaissance entre collègues comme l’appli cocoworker, de création de lien comme never eat alone ou encore comeet, de services comme la conciergerie 3.0 quatre épingles.

 

Dernière question, quelle est la genèse de la Fabrique Spinoza ?

La Fabrique Spinoza s’est créée sur le double constat d’une part que le bonheur est une aspiration fondamentale de l’être humain, et malgré tout un sujet fréquemment relégué au second rang comme enjeu explicite de notre société, et d’autre part, qu’une science du bonheur se développe et explore les mécanismes de l’épanouissement humain, individuel et collectif.
La mission de la Fabrique Spinoza est de redonner au bonheur sa place au cœur de notre société.
Pour ce faire, nous produisons des contenus inspirants, dans différents champs tels que l’éducation, la santé, la ville ou encore le travail. Une cinquantaine de rapports et notes de synthèse sont disponibles en libre accès sur notre site dont plusieurs sur le bonheur au travail. Nous accompagnons également les organisations qui souhaitent transformer profondément leur culture. Enfin, nous fédérons dans toute la France des communautés joyeuses et contagieuses de “Passeurs du bonheur”.

 

Amélie Motte : après 15 ans d’expérience en entreprise dont les 7 dernières en tant que Directrice Associée de Business Interactif (groupe Publicis), Amélie s’oriente vers la formation professionnelle en 2009. Elle intervient notamment à Sciences Po Paris Executive Education et à l’ESSEC BBA. Elle est également Chief Happiness Officer de la Fabrique Spinoza.
Sylvain Boutet : depuis 20 ans, Sylvain accompagne la transformation des entreprises, notamment à travers l’évolution de leurs systèmes d’informations. Sylvain est facilitateur en intelligence collective et praticien en Appreciative Inquiry. Il a coordonné la programmation de la première Université du Bonheur au Travail  (120 participants en octobre 2015).