Communication politique et médias : rencontre avec Gaël Villeneuve

A l'occasion de la sortie de son livre, les débats télévisés en 36 questions-réponses (éditions PUG) Gaël Villeneuve revient sur les nouveaux défis des débats télévisés et de la communication des politiques. Docteur en sciences politiques, il est aussi intervenant en 1er cycle à l'ISCOM Paris...

 

 

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De quelle façon avez-vous préparé l'écriture de ce livre ?

Ce livre est le fruit d'un long travail de recherche, initié en 2004. Dans ce livre, j'ai rassemblé autant d'informations que possible pour permettre au lecteur de découvrir les coulisses de ces débats : comment ils sont préparés, animés, reçus par les spectateurs. Je raconte en quelque sorte la genèse d'une émission de débat télévisé, du moment où l'idée germe dans la tête du journaliste jusqu'à sa réception par le téléspectateur.
J'ai principalement interrogé des journalistes, quelques hommes politiques, des caméramans, des régisseurs. Et j'ai assisté à une trentaine d'émission depuis les gradins, notamment lors de la campagne présidentielle de 2012 qui fut particulièrement intense de ce point de vue !

Les débats télévisés ont-ils beaucoup évolué ?

Oui, complètement, même si le principe demeure. Le principe premier, c'est l'épreuve auquel se soumet le chef, la personnalité politique qui revendique la confiance de ses concitoyens. Il y a encore quelques dizaines d'années, pour prouver sa valeur, le chef provoquait son adversaire en duel.
D'ailleurs, aujourd'hui dans certaines émissions, il y a toujours une rubrique intitulée "le duel".
Ce qui change vraiment, ce sont d'abord les formats et les conducteurs d'émission : il y a une dimension plus people désormais. Aujourd'hui, la vraie révolution, c'est la place du téléspectateur. Nous sommes invités à poser des questions directement aux participants, nous pouvons interagir en direct via SMS ou Twitter.

 

Selon vous, qu'est ce qui fait un bon débat politique ?

Cela dépend de l'angle sous lequel on se place. Le bon débat pour les journalistes politiques, c'est celui qui va poser la question de la communication du politique, faire émerger la transparence, libérer la parole.
Pour les politiques, un débat réussi, c'est celui où ils sont un peu mis à l'épreuve et où ils triomphent de l'épreuve. Quand vous assistez aux émissions depuis le plateau, vous croisez le politique et son entourage ; certains se comportent en vrais chefs de tribu, ils veulent faire l'admiration de leur clan. La personnalité politique n'est jamais aussi applaudie par sa cour que lorsqu'elle triomphe d'une adversité parfois coriace.

 

Est-ce que l'on peut parler de course à l'audience pour les débats télévisés ?

Effectivement. Le constat, c'est que les jeunes regardent de moins en moins la télévision et que les audiences baissent.
Les émissions politiques sont en compétition permanente en termes de programmation, notamment lorsqu'elles courent le risque d'être remplacées par un film ou une série. Dans les années 70-80, les débats politiques à la télévision étaient plus légers, moins agressifs, moins pressés par le rétrécissement des formats. Désormais dans un contexte de crise, on est davantage dans la polémique express, la colère, la revendication. Pour capter l'attention du téléspectateur, la controverse est une condition nécessaire. Les débats mettent à jour des crispations, des frustrations.

 

Quelles sont les techniques de communication utilisées par ces émissions ?

La difficulté pour un journaliste, c'est qu'il doit séduire à la fois le spectateur pour faire parler de l'émission, notamment sur les réseaux sociaux. Et aussi rester de connivence avec le politique invité, pour que celui-ci accepte de revenir. Dans ce flux monstrueux d'images, capter l'attention devient difficile. Alors beaucoup d'émissions misent sur la victimisation pour renforcer l'émotion. Il y a une forme de spectacle qui se traduit par la mise en scène de la victime et la mise à l'épreuve de la personnalité politique.

 

Comment imaginez-vous les émissions de débats dans les prochaines années ?

Je constate qu'il y a de nouvelles manières d'éviter le débat dans certaines émissions, comme chez Drucker où on est plus dans le divertissement ou dans la conversation. Cela permet aux politiques de montrer leur face la plus lisse. Mais quoi que deviennent ces émissions, elles seront à l'avenir forcées de s'adapter davantage à la société pour mieux lui ressembler : plus de femmes, plus de jeunes, plus de diversité.



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