"La communication est centrale à tous les métiers" - Sylvie Gilibert, Directeur des programmes à l'ISCOM

Interview de Sylvie Gillibert, directeur des programmes à l’ISCOM. Elle a conçu le programme « Marketing Communication Management » qui permet aux étudiants des écoles de commerce, d’ingénieurs ou à ceux issus de cursus universitaires en lettres, langues, histoire ou sciences, de rejoindre les bancs de l’ISCOM pour obtenir une double expertise. 

 Comment mettre en place un projet interdisciplinaire au sein d’un établissement d’enseignement supérieur ?

 

sylvie_gillibertL’interdisciplinarité réussie se construit d’abord sur des qualités relationnelles et humaines, terreau de la curiosité, de l’ouverture au monde et de l’ouverture aux autres. Ainsi l’école développe une culture commune du « bien-vivre ensemble » qui s’appuie sur les valeurs ancrées dans l’ADN de l’ISCOM.

 

Nous cultivons donc les qualités relationnelles inhérentes aux communicants, telles que l’écoute, l’empathie et la pleine présence. Nous favorisons la confiance en soi qui permet d’accepter plus sereinement le regard des autres. Nous aidons les étudiants à prendre conscience de leurs talents et de leur individualité. Nous valorisons le respect des autres, la tolérance et le sens de l’engagement.

 

Le développement de ces soft kills prépare sereinement les étudiants à mettre leurs compétences au service de projets réunissant plusieurs expertises.

 

 

L’interdisciplinarité pédagogique signifie-t-elle le développement d’une éducation libre et indépendante ?

 

La liberté est une valeur fondamentale de l’éducation. Elle nécessite audace et courage, lorsqu’il s’agit de défendre ses idées et de partager ses convictions au sein d’une équipe projet. Dans le cadre d’un projet interdisciplinaire, la liberté forge maturité et sens des responsabilités.

 

L’interdisciplinarité pédagogique impose donc une forme d’indépendance intellectuelle, une sorte d’autonomie de la pensée. Pour autant l’indépendance au sein d’un projet n’existe pas car le projet interdisciplinaire est par essence collectif. L’individu doit être libre au sein du collectif. Son indépendance intellectuelle est le meilleur levier de sa créativité et le garant de son apport au projet pluridisciplinaire.

 

 

Comment contrôler les acquis au sein d’un enseignement libre ?

 

L’interdisciplinarité ne signifie pas délaisser ses compétences d’origine et son métier. Au contraire. L’ISCOM évalue avant tout l’expertise de ses étudiants, puis leur capacité à mettre cette expertise au service d’une équipe projet.

Nous accordons de l’importance à l’évaluation de la progression de l’étudiant. Chacun progresse à son propre rythme, évolue au fil de ses expériences et de ses projets, en s’appuyant sur ses acquis antérieurs.

Ce qui est important c’est d’atteindre le résultat souhaité en fin de cursus. C’est de donner le meilleur de soi-même au sein d’une équipe projet et d’être capable de partager ses compétences et son expertise pour mieux s’insérer dans les structures professionnelles.

 

 

Comment le numérique transforme-t-il la pédagogie ?

 

digital-iscomLe numérique redessine le temps et l’espace. Il apporte donc souplesse et agilité dans la formation.

Tout d’abord la digitalisation de certains cours permet une individualisation des parcours et des rythmes d’apprentissage.

Le numérique développe l’autonomie des étudiants. Il apporte aux emplois du temps une sorte d’élasticité. Un étudiant peut réaliser une soutenance à distance tandis qu’il est en stage à Hong-Kong ou en Australie.

Enfin le numérique développe la curiosité des étudiants et démultiplie leur capacité de veille par un accès ATAWAD aux informations et aux exercices. Étudiants comme enseignants ont la possibilité de stocker des informations qui seront exploitées et partagées le moment venu.

Le digital apporte beaucoup à la pédagogie, dès lors qu’il est considéré comme un enrichissement des méthodes classiques et non comme un moyen de substitution. Nos métiers restent liés au partage d’expériences et de compréhension de l’environnement et ne peuvent se réduire à une consommation individuelle de connaissances. 

 

 

L’interdisciplinarité prend sa forme dans le choix des matières enseignées et l’organisation des cours. Est-ce aussi une question d’architecture d’intérieur et de configuration des espaces de travail ?cite-londres-locaux

 

L’interdisciplinarité se développe effectivement dans une dimension physique et nécessite une attention toute particulière à l’aménagement de l’espace et du temps.

Sous l’impulsion du design thinking, l’ISCOM a mis en place des nouveaux espaces qui fluidifient le travail en équipe : mobilier mobile, tables collaboratives, écrans partagés, espaces de co working, project room, salle de co design... au sein desquels les technologies digitales sont essentielles.

 

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Les équipes de l’ISCOM encouragent les moments de partage de savoir-faire et d’expériences. Par exemple, tous les jeudis, les étudiants de l’école, toutes années et spécialisations confondues, ont des créneaux communs pour travailler sur des projets associatifs ou d’entrepreneuriat. Pour renforcer leurs compétences par des ateliers électifs d’écriture, de lecture, de photographie, de design thinking, de codage, de PAO ou autres éditions digitales.

 

 

Quels sont les avantages de ce nouveau mode d’éducation ?

 

L’interdisciplinarité développe la créativité et ouvre des horizons nouveaux, développe des solutions innovantes indispensables aux entreprises et autres institutions.  Le monde du travail se réinvente, l’interdisciplinarité en est l’une des clés.  

La seconde vertu de l’interdisciplinarité consiste à favoriser des qualités telles que la persévérance, l’autonomie intellectuelle, l’envie d’échanger et de partager, le sens des responsabilités et la conscience du résultat.  Tout cela devrait satisfaire les entreprises et les rassurer sur les capacités de nos étudiants à mener à bien leurs projets.

Elle aboutit à des profils hybrides, des individus professionnellement construits à partir de leurs propres talents, enthousiastes et prêts à mettre leur expertise au sein du collectif.

 

 

De leur côté, comment les intervenants s’adaptent à ces nouvelles organisations ?

 

Effectivement le corps professoral est impacté par la nécessaire transversalité des projets. Nous continuons à valoriser les professeurs experts de leur domaine. Nous attendons cependant de leur part une capacité à raisonner leur discipline au sein d’un projet pluri disciplinaire.

Cela favorise l’émergence de trois profils de professeurs.
D’une part les experts pointus dans leur domaine, capables d’apporter aux étudiants une connaissance approfondie et surtout la compréhension des enjeux et mutations en cours ou à venir dans leur discipline.
D’autre part, sont valorisés les profils de professeurs-tuteurs, capables d’accompagner la mise en œuvre de ces expertises au sein des projets, de s’assurer que les expertises sont comprises et utilisées avec pertinence.
Enfin les professeurs-coachs qui développent la prise de confiance en soi, la connaissance de soi au sein d’une équipe, l’analyse et la compréhension des attitudes et comportements individuels au sein d’un groupe.

Je crois beaucoup à l’intergénérationnel en matière d’enseignement. Chaque génération a énormément à apporter aux jeunes d’aujourd’hui. Chacun, avec sa culture, son expérience, son expertise, sa personnalité, son regard sur le monde, participe au transfert collectif des connaissances.

 

 

Comment la communication s’intègre-t-elle à d’autres métiers ?

 

La communication est devenue tellement centrale qu’elle est nécessaire à tous les métiers et à l’ensemble des secteurs d’activité. Sans réserve. Par exemple, la communication est au cœur des projets des financiers, des médecins, des artistes ou encore des ingénieurs.

Il y a quelques années on parlait de reconversion, aujourd’hui on valorise les profils qui possèdent une double compétence. Le programme « Marketing Communication Management » proposé par l’ISCOM est destiné aux diplômés des cursus universitaires en lettres, en droit, en écoles d’ingénieurs ou de commerce qui souhaitent se former aux stratégies de marque et à la communication des entreprises.

L’interdisciplinarité fait émerger de nouveaux profils de communicants, hybrides, capables de travailler sur des marques de façon innovante, car ils sont compétents en data et en marketing sensoriel, tout en étant rodés aux techniques du design thinking. Ce sont nos étudiants du programme « Creative Design Branding ».
Des créatifs capables de coder, aussi bien que de concevoir des slogans publicitaires ou de mettre en place une exposition intégrant les règles de la scénographie. Ce sont nos étudiants de Crea360.
Ce sont des communicants capables de mettre en œuvre des projets intégrant les enjeux de l’économie circulaire ou collaborative tels que ceux du programme Management des Nouvelles Économies.
Ou encore des communicants centrés sur l’expérience client, en pleine connaissance des méthodes empathiques telles que l’UX, le Design thinking ou le nudge, mais aussi capables de manier les data.

Ce sont nos étudiants du programme « Marque employeur » qui intègrent les procédés de digitalisation au sein de l’entreprise pour développer l’attractivité entreprises auprès des jeunes talents.

 

 

Comment l’interdisciplinarité s’intègre-t-elle à l’ISCOM ?

 

Par une liberté de choix de parcours au sein du cursus grande école.

Après deux années communes à tous, au cours desquelles ils découvrent divers univers et différents métiers de la communication, les étudiants s’orientent vers une spécialisation en vue de leur troisième année. Ils peuvent en changer pour leur quatrième année à l’issue de laquelle tous les programmes de cinquième année leur sont accessibles. Ainsi un étudiant en Relations publiques peut avoir un profil très digital ou très branding. Ou encore un étudiant en communication digitale peut avoir un profil très créatif ou plutôt tech.

 

Par la mise en place de parcours de talents.

Ce sont les parcours de talents créatifs ou les parcours d’entrepreneuriat.

Ils sont composés d’événements pédagogiques, d’exercices, de conférences et de visites. Certains modules sont intégrés pour dans les programmes, d’autres sont optionnels. Les étudiants découvrent donc ces domaines au sein de leur propre programme et peuvent, s’ils le souhaitent, aller plus loin dans le domaine choisi afin d’approfondir leurs connaissances au sein d’équipes mixées entre les spécialisations.

 

Par la mise en œuvre de parcours individualisés.
Les grands exercices et/ou périodes de stage de chacune des années d’étude peuvent être remplacés par un travail sur le projet entrepreneurial personnel de l’étudiant ou encore par un module en FabLab pour y développer un objet connecté. Les étudiants ont la possibilité d’effectuer un semestre à l’étranger dans l’une de nos écoles ou universités partenaires, en remplacement d’un semestre d’étude à l’école ou d’une période de stage. Nous sommes capables d’adapter la scolarité de sportifs de haut niveau, afin de permettre à ces étudiants de combiner leurs entraînements sportifs avec leurs études en communication.

 

Par l’ouverture à tous au sein de l’école de tous les grands exercices.
Ainsi pour chaque brief ou présentation et jury, des places sont proposées aux étudiants et aux professeurs des autres classes, toutes années et toutes spécialisations confondues. Un étudiant de première année peut assister à des soutenances du programme Management de la Communication Politique et Publique de cinquième année. Un étudiant en communication digitale peut participer à un atelier de design thinking de la spécialisation Creative Design Branding, un étudiant de quatrième année peut revisiter son propre parcours en assistant à une séance de la semaine de la créativité de première année.

 

Par le développement de concours et challenges transversaux.

Ceux-ci sont ouverts à toutes les années d’étude et à tous les étudiants des différentes spécialisations. Certains événements réunissent des étudiants d’autres écoles ( ingé, architecture, agronomie ou design par exemple) en France ou à l’étranger.

Par la diffusion d’une culture commune, d’une ouverture au monde et aux autres par le biais d’une série de conférences, les Lunch&Learn qui abordent des sujets très variés, culturels, artistiques, technologiques, digitaux…tels que la mise en scène cinématographique, l’impression 3D ou les assistants vocaux.

 

 

Quels seraient vos conseils méthodologiques pour une éducation interdisciplinaire réussie ?

 

  • Se centrer sur l’humain avec bienveillance pour développer les soft skills
  • Évaluer une progression, ne pas juger sur l’instant, permettre à chacun de trouver sa place et sa motivation
  • Développer une culture du progrès, de la responsabilité et de l’exigence du travail en profondeur.

 

 

Quelles sont les clés pour qu’un étudiant s’intègre idéalement dans un environnement interdisciplinaire ?

 

  • Avoir confiance en sa propre expertise et avoir l’envie et le courage de la confronter à d’autres points de vue,
  • S’ouvrir l’esprit, avoir la curiosité de s’adapter aux autres, au monde qui change. C’est la recherche de l’équilibre entre bienveillance et exigence.

 

 

À propos de Sylvie Gillibert... Après une expérience de 15 ans chez Publicis, Sylvie Gillibert est aujourd’hui directeur des programmes et co-auteure du livre « Design Branding, (Re)penser les marques par le Design Thinking ». Elle est à l’initiative du programme « Creative Design Branding » qui promeut les méthodes du design thinking pour la création de marques innovante. Elle est également à l'origine du programme « Marketing Communication Management » qui permet d'acquérir une nouvelle compétence en communication.



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