L'intelligence artificielle, défis et dangers

Demain, serons-nous tous remplacés par les robots ? 

Du 07 au 09 novembre 2017, l’ISCOM Paris organisait son Grand Forum de la Communication, en présence des associations du secteurs, de professionnels d’agences et entreprises et de ses étudiants en 4ème année. La Psychosociologue des modes de vie et de la consommation, Danielle Rapoport a animé une conférence sur l‘intelligence artificielle. Marie-Odile Genès y était …

 

L’IA, un risque pour l’emploi ?

 

La robotisation très présente jusque-là dans l’industrie gagne désormais les services. Selon une étude Randstad, 21 % des français estiment aujourd’hui probable qu’ils soient remplacés dans les années qui viennent par un robot. Quelques exemples qui justifient leurs craintes.

 

Dans le domaine médical : avec le deep learning (apprentissage profond), on constate à l ’usage qu’un robot a une capacité interprétative supérieure à 20 médecins réunis pour le diagnostic d’un mélanome.

Dans le domaine de la presse, des expériences ont montré que les algorithmes pouvaient prendre la place des journalistes sans pour autant perturber le lecteur. Pour certains, le potentiel des robots remet en cause la structure actuelle du marché du travail et justifie qu’on se penche sérieusement sur la question du revenu universel. Pour d’autres, l’histoire se répète. On a déjà vu des pans entiers de l’économie disparaître pour en voir émerger de nouveaux.

 

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L’homme réparé ou l’homme transformé ?

 

Les frontières entre l’humain, le numérique et le biologique s’effacent. Aujourd’hui, des prothèses de bras communiquent avec le cerveau. De nombreux travaux portent sur les exosquelettes et on en voit déjà des applications : portage de lourdes charges, traitement des lombalgies… Comme l’explique Joël de Rosnay, scientifique prospectiviste, l’homme n’aura plus d’outils portables mais des outils mettables qui lui permettront d’entrer en symbiose avec l’écosystème numérique.

Les extensions du corps vont probablement marquer les années à venir mais jusqu’où peut-on aller ? Joël de Rosnay croit en cet homme transformé qui ne subit pas son avenir mais le construit en co- évoluant avec les technologies.

 

 

L’IA, plus intelligente que l’homme ?

 

En mars 2016, un robot a battu au jeu de go -réputé pour être particulièrement complexe - le champion du monde. Peut-on pour autant en conclure que le robot est plus intelligent que l’homme ? Dans ce cas, certainement pas ! Car l’IA ne se forme pas spontanément, il n’existe pas encore de systèmes auto-apprenants. Pour battre le champion du monde, AlphaGO a exploité plus de 150 000 parties de très grands joueurs, bien humains !

 

La machine est donc sous supervision de l’homme et c’est le concepteur qui en est le cerveau. Pourtant, de grandes figures de la Silicon Valley sont convaincues que la machine pourrait prendre le dessus sur l’homme très prochainement.

 

 

L’IA peut-elle se retourner contre les hommes ?

 

A force de rendre le robot complexe, il pourrait échapper à notre supervision, devenir autonome et endosser une forme de singularité …C’est la peur largement relayée par les médias de Bill Gates, Elon Musk et Stephen Hawking. Cette possible hyperpuissance de l’IA représente, a contrario, pour le courant transhumaniste, incarné notamment par Ray Kurzweil chez Google, des opportunités extraordinaires et notamment celle de nous rendre immortels (cf 2045.com).


Dans son ouvrage « Le mythe de la singularité », Jean Gabriel Ganascia dénonce la théorie de de la singularité. Il en démonte les principaux arguments et explique notamment que les machines peuvent être plus performantes sur des tâches spécifiques mais sont incapables de grandes ruptures propres à engendrer de vraies révolutions, comme l’héliocentrisme avec Galilée ou la relativité avec Einstein.

 

 

Les GAFAMI, une nouvelle puissance incontrôlable ?

 

Les innovations technologiques en matière d’IA viennent pour la plupart des grands acteurs de la Silicon Valley qui - comme l’explique le philosophe Éric Sadin dans son ouvrage «  La siliconisation du monde » - imposent au monde un nouveau modèle. Il alerte sur « l’envers d’un monde qui se voudrait décontracté et philanthropique », « les dangers de l’automatisation grandissante » et nous enjoint à réagir pour retrouver le sens de la lenteur, de l’imperfection.

 

Par ailleurs, les mêmes acteurs, en accumulant des données sur la santé, l’éducation, la défense, la sécurité intérieure, détiennent un pouvoir qui dépasse nos démocraties et menace notre liberté… Mais, l’émergence des blockchains, technologie de stockage qui permet d’échanger de la valeur pair à pair et sans intermédiaire, pourrait participer à diluer le pouvoir de ces grands intermédiaires.

 

 

Quelle éthique pour l’IA ?

 

Si l’IA offre de formidables opportunités - environnements capacitants, nouveaux usages, intelligence augmentée -, les questions éthiques qu’elle soulève ne sont peut-être pas suffisamment abordées… A certains égards, on nourrit les peurs mais on n’ouvre pas le débat sur les véritables enjeux. En effet, de nombreux points sont à débattre : voulons-nous vivre réellement dans un monde de robots, comment valoriser le sensible, les affects, la créativité ? Quelle part laisser au hasard, à l’aléatoire quand la programmation occupe l’espace ? Quelle responsabilité donner au robot, doit-elle être partagée avec le concepteur ? Comment retrouver le temps de la pensée alors que la machine conditionne la culture du zapping ?


VIGNETTE danielle rapoportTrois questions à Danielle Rapoport sur l'impact de l'intelligence artificielle dans les métiers du marketing et de la communication

 

  • L’IA engendre de nombreux fantasmes. D’après vous, quel est celui des marques ?

    Ce que je perçois, c’est la volonté des marques de connaître tous les désirs, toutes les attentes des consommateurs pour personnaliser le plus possible la relation avec chacun d’eux. Les marques doivent troquer leur logique de fidélisation pour celle d’une fidélité choisie : on n’achète plus le consommateur, on cherche à en saisir toute la complexité pour lui proposer l’offre la plus pertinente.

    Avec le développement de l’IA, les marques devront accentuer leur «humanité», s’adresser aux spécificités humaines - émotions, affects, création - des consommateurs. Les technologies progressent aussi dans ce sens ; les chatbots programmés pour répondre de manière plus personnalisée et émotionnelle en sont un exemple mais ils ne sont pas encore tout à fait au point.

  • L’IA fait-elle peur aux consommateurs ?

    Il y a un vrai paradoxe. D’un côté, ils en voient les bénéfices et ont intégré que laisser des traces peut leur rendre des services. D’un autre côté, ils ont peur de perdre le contrôle, de ne pas maîtriser ce qui se passe derrière les machines, quel sera l’usage de leurs données, pour quels objectifs.
    C’est très vrai pour ceux qui ne sont pas au fait de ces avancées technologiques. Pour ceux qui connaissent plus précisément le sujet, qui en maitrisent davantage les arcanes, les inquiétudes sont plutôt d’ordre éthique.

  • Comment les communicants doivent-ils se saisir de l’IA ? Quelles responsabilités ont-ils face à l’IA ?

    Ils ne doivent pas se reposer sur l’IA comme si c’était la réponse ultime à leurs problématiques. Ils apportent - pour l’instant - ce dont l’IA en soi n’est pas capable, des émotions, de la créativité. En revanche, ils doivent êtres attentifs aux évolutions de l’IA, surtout en termes de prédictivité, comprendre et décrypter les innovations technologiques pour bien les utiliser et toujours en garder le contrôle.

    Il faut qu’ils conservent la main sur la machine : l’IA n’a pas d’états d’âme et pour l’instant dépend de ses concepteurs ! Ce sera une autre histoire si les machines deviennent autonomes et qu’elles échappent au contrôle. Ils ont aussi une responsabilité vis-à-vis des consommateurs sur la mémoire des traces…C’est à eux de réfléchir aux outils qui permettront de rendre les utilisateurs plus autonomes sur la gestion de leurs données.

 

 

 



 



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