"La création d’entreprise est une belle expérience" : Eve Chegaray, BFM Académie

Tendances, accompagnement, pitch : les nouveaux défis de la création d’entreprise…

 e chegarayEve Chegaray, chroniqueuse sur BFM Business dans la BFM Académie et coach en communication rencontre et accompagne de jeunes entrepreneurs depuis de nombreuses années. A la lumière de son expérience, elle dresse le bilan de l’écosystème entrepreneurial actuel : quels sont les sujets qui intéressent les créateurs d’entreprise ? Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Quelles sont les conditions qui favorisent leur réussite ?

 

 

 

 

 

Vous accompagnez des entrepreneurs et vous l’êtes vous-même. Quelles sont les étapes qui vous ont amenée à créer votre propre structure ?

Même si je suis d’une famille d’entrepreneurs, je n’imaginais pas créer ma propre structure. Ce sont les expériences et les rencontres qui m’ont conduite à monter mon cabinet de conseil en coaching. Après des études de journalisme, j’ai d’abord travaillé auprès d’un grand reporter pour Le Point pendant deux ans. Puis, je me suis tournée vers la communication d’entreprise ; j’ai suivi un cursus de formation à Novancia et dans la foulée j’ai intégré AT&T où j’ai eu à gérer des dossiers de communication interne qui m’ont amenée à me rapprocher de la sphère RH pour laquelle je me suis découvert une véritable appétence. J’ai donc fait un master de gestion RH et j’ai enchainé des postes RH toujours dans le secteur des NTIC.
Puis, j’ai pris la DRH Europe du sud d’un éditeur de logiciels et j’ai à ce moment-là bénéficié d’un accompagnement. C’est comme ça que j’ai découvert le coaching et que j’ai eu envie de me consacrer pleinement au développement du potentiel humain. Je me suis formée au coaching chez Mozaïk international et très candidement, j’ai lancé mon activité.

Et ça a marché…Pensez-vous que ce soit une "question de moment "?

Je pense que sans l’avoir vraiment décidé, je suis allée vers le monde qui allait exploser, le web. J’ai créé mon cabinet en 2003, c’était l’éclatement de la bulle internet. De nombreux profils technos se sont retrouvés au chômage et en ont profité pour monter leur startup. J’en connaissais beaucoup grâce à mes expériences successives dans l’IT, je leur ai donc proposé un accompagnement et c’est comme ça que j’ai commencé à m’impliquer dans l’écosystème entrepreneurial et innovant.

 

Vous lancez également la BFM Académie en 2005. Quelle est l’intuition qui vous a poussée à créer ce concours de création d’entreprise diffusé à la radio et à la télévision ?

J’en ai eu l’idée avec un confrère coach de dirigeants qui avait des liens avec BFM. Il y a 10 ans, on parlait très peu des startups dans l’actualité mais plutôt des entreprises du CAC 40. Nous avons voulu mettre un coup de projecteur sur ces néo entrepreneurs, leur donner une tribune. BFM a été séduit par le concept de ce concours qui a rapidement trouvé son public. Il faut dire que l’émission est née avec le web 2.0. Ça nous a permis d’entrer d’emblée en interaction avec notre public, de le solliciter, notamment pour lui faire élire le meilleur projet. Naturellement, ça a contribué à engager les auditeurs et à créer une vraie communauté autour de ce rendez-vous.

 

Cette émission est pour vous l’occasion de découvrir de très nombreux projets. Quel est aujourd’hui le sujet ou le problème le plus traité par les entrepreneurs de la BFM Académie ?

Il y a une tendance très nette sur tout ce qui touche à la transformation des modes de vie au bureau. La jeune génération a beaucoup entendu parler de la souffrance au travail et tente de trouver des solutions pour plus de confort, plus de lien dans la vie professionnelle. Je vois de nombreuses applications qui vont dans ce sens ; comment ne pas déjeuner seul, mettre des ressources en commun, créer des systèmes collaboratifs…

 

Quel est le dénominateur commun de tous ces jeunes entrepreneurs que vous rencontrez ?

Je pense que c’est l’opportunisme dans le sens anglo-saxon du terme. A un moment donné, ils ont l’intuition que les conditions sont réunies pour se lancer, ils se sentent appelés. Les motivations sont en revanche très diverses. Il y a celui qui a une idée géniale et qui veut en faire quelque chose, celui qui veut gagner de l’argent, celui qui veut changer le monde, ou même celui qui veut ajouter à son CV cette expérience de la création d’entreprise.

 

Pour démarrer une activité sereinement, quelle est, selon vous, la première condition ?

Tout dépend de l’objectif qu’on s’est fixé. Mais s’il s’agit de monter une structure pérenne, il faut une mise de fond confortable. On ne le dit pas assez mais on ne monte pas une entreprise avec un euro. Il faut au moins un an de chiffre d’affaires pour travailler sérieusement.

 

Quelle est la qualité incontournable dont le jeune entrepreneur doit faire preuve pour faire avancer son projet ?

Ce qui me semble capital, c’est qu’il ait la capacité à supporter la critique. On voit souvent de jeunes entrepreneurs qui ont une réaction quasi animale par rapport à leur projet et on peut le comprendre, c’est leur bébé, ils le défendent coûte que coûte. Or, il faut savoir écouter, dialoguer, se remettre en question, faire preuve de résilience, c’est comme ça qu’on peut faire progresser son projet.

 

L’entrepreneur doit aussi investir de l’énergie dans la communication et notamment travailler son pitch. Comment réussir cet exercice ?

Ce qu’il faut déjà bien saisir, c’est qu’il y a autant de pitchs que de situations. On ne peut pas partout et auprès de tous tenir le même discours. On ne s’adresse pas à des investisseurs comme à des clients ou à des futurs collaborateurs. Il faut donc travailler tous ces formats, être aussi capable de parler de soi au débotté. Le pitch, c’est beaucoup d’entrainement et surtout du sur mesure. Il y a par exemple des sujets qui se prêtent au story telling et d’autres pas, il y a certains entrepreneurs à l’aise dans un discours très direct et d’autres moins. L’art du pitch, c’est vraiment trouver le discours adapté à la personnalité du créateur, à l’objet de l’entreprise et au public.
C’est aussi l’exercice de la concision, il faut apprendre à exprimer en 40 secondes l’essentiel de son projet pour amorcer un échange avec son auditoire. Un pitcheur, c’est un lanceur, il doit savoir enclencher le dialogue.

 

Vous côtoyez l’écosystème entrepreneurial depuis de nombreuses années. Quels en sont les aspects les plus marquants aujourd’hui ?

Je dirais qu’il y a deux bonnes nouvelles. La première, c’est qu’un bon projet ne peut plus passer entre les mailles du filet. Aujourd’hui, il y a un maillage extraordinaire de structures pour accompagner et soutenir les entrepreneurs ; entre les incubateurs, les accélérateurs, la BPI, le mouvement des labs et plus généralement de l’intrapreneuriat dans les grandes entreprises, impossible de rester seul ! La deuxième bonne nouvelle, c’est que la création d’entreprise est désormais perçue comme une très belle expérience ; les entrepreneurs - qui n’ont pas réussi à pérenniser leur projet - se replacent aujourd’hui très bien dans les grandes entreprises. Elles ont intégré qu’on peut prendre dans sa vie professionnelle un moment pour un projet de création. D’ailleurs, on voit la structure des CV évoluer et davantage s’horizontaliser. Les candidats présentent désormais leur vie professionnelle plutôt sous la forme de séquences que sous celle d’un parcours linéaire et progressif. Et l’entrepreneuriat est désormais l’une de ces séquences.

 

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